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Argentine - Ushuaia


de Manu tout seul 2, 27-02-2006

Quelque part au "Culo del Mundo", Ushuaia, alone again...


Punta Arenas, il est 7h et je suis à la bourre pour prendre mon bus. Déjà chanceux car dans le seul bus qui part aujourd'hui, il n'y a plus qu'un siège de libre. Les places sont chères pour Ushuaia. Car après Torres del Paine, c'est la suite logique des "gens du voyage". De toute façon les 12 heures de bus laissent bien le temps de se rendre compte qu'entre ces deux points, il n'y a rien d'autre à faire si ce n'est une très profonde et très solitaire méditation. Un territoire dénudé, plat à l'infini.

Le passage du détroit de Magellan marque l'entrée en Tierra del Fuego et donc en Argentine à nouveau. La route n'est plus goudronnée depuis longtemps et ce jusqu'à Rio Grande... Là, pendant une bonne demi-heure, mon coeur de rocker s'emballe, Mr Eddy me chante la chamade, pourtant Rio Grande, c'est vraiment très moche ! Mais peut-être qu'à l'époque... Enfin bref, re-200 kilomètres de vide et nous arrivons à Ushuaia vers 19 heures. Ponctuel le bus ! Les forêts ont repris leur place ainsi que les hautes montagnes enneigées.

Je me trouve mon auberge près du canal Beagle, celui qui permet à l'Atlantique de rejoindre le Pacifique sans risquer le périlleux passage du Cap Horn plus au sud. Partout les enseignes de la ville affichent le même slogan en coeur : le bar le plus Austral, l'hotel le plus austral, la laverie la plus australe, les toilettes publiques les plus australes, etc. Y'a un business c'est sûr ! Le bout du monde remporte un franc succès. En 1970, 4000 habitants et quelques moutons se partageaient les paturages, ils sont aujourd'hui 700.000 à se partager la part du gateau. Qui les blamerait ?

Bien au chaud à l'Auberge - oui car "austral" ça veut aussi dire pas très chaud dehors ! - je me concentre sur mes trois jours à passer ici et profite de ce calme pour observer le rituel des voyageurs. C'est incroyable comme on peut mettre facilement des gens dans des cases (c'est aussi très poilant !) Démonstration : A Ushuaia on croise : des retraités. Enormement de séniors, plus qu'ailleurs c'est sûr ! Car Ushuaia est la seule voie d'accès à l'Antartique et qu'à 3000 euros la croisière de 15 jours ca se comprend. Mais ca donne terriblement envie. La majorité d'entre eux sont anglais ou americains car ils ont tout simplement plus de pognon. Mais les français sont également très bien représentés. C'est la première fois de tout le voyage que j'en vois autant. On les reconnait facilement : 1. ils ne sortent pas du groupe (la peur de se perdre dans La rue principale d'Ushuaia certainement). 2. ils cachent bien leur portefeuille dans leur slip voir sous leurs aisselles (la peur de se faire dépouiller par des "indigènes" Yamanas même si la criminalité de la ville avoisine le taux 0). 3. Et 3, ben ils restent à Ushuaia car eux ils n'ont pas le pognon pour la banquise ! Dur. C'est rude mais c'est ainsi. Apres les séniors, l'autre catégorie invariable : le backpacker en voyage 6 à 12 mois en Amérique du Sud. Brésiliens, allemands, italiens, suedois, japonais... un peu de tout en fait. Alors forcement on échange, on discute.

Autour d'un bon verre de vin, je partage à l'auberge quelques impressions. "Ushuaia ouais bof, y'a que des vieux !", "Le glacier Martial, bof, c'est minus comparé au Perito Moreno", "le Parc Tierra del Fuego après Torres del Paine double bof !!!"... silence... Bon ben les gars, la prochaine fois s'il-vous-plait : restez chez vous ! Vous êtes quand meme à Ushuaia bande de nazes ! Je m'apercois que je ne supporte plus les gens désabusés, le non-enthousiasme (sauf le tien mon Robert). Alors sur ces considerations et ces bons conseils (sic) je vais me coucher, demain je m'attaque au parc National Tierra del Fuego, et personnellement j'en suis ravi !

Arrivé à l'entrée du parc, je choisi un des parcours, le "Cerro Guanaco". Pas le plus facile, mais la meilleure vue assurée. Quatre heures de montée entre les tourbières, les rivières et les racines débordantes de la forêt. Bien plus difficile que Torres del Paine en réalité sans le chargement. J'ai quand même les cuisses et les mollets en feu mais l'arrivée au sommet est un pur régal : 360 degrés d'une vue imprenable sur la région, Ushuaia et le canal. Le ciel est si bleu que l'on voit à des kilomètres. Sur la plus haute partie, je reste une bonne heure, au vent, à scruter et surtout à reprendre mon souffle. Redescente plus rapide, tout en glissade. A 19h, le bus m'attend pour un retour en ville située à quelques kilomètres. Pas de camping sauvage cette fois-ci, ma tente l'aurait mal vécu de toute façon. Le soir, une bonne douche et une énorme parilla finissent de m'achever.

Le jour suivant, le soleil est toujours idéalement présent, parfait pour une navigation sur le canal beagle. Une bise aux pingouins, aux phoques, aux albatros, changement de cap au Phare des Eclaireurs, mini-trek sur l’Isla de Hobbos, retour sur terre. Le Captain, un vieux marin au visage buriné par le froid et le vent est un excellent guide. La journée fut vite passée, beaucoup, beaucoup moins fatiguante que la veille mais la pause fut nécessaire et puis je me cultive un peu, ça fait moins mal.

Je consacre mon dernier jour à une randonnée partant de la ville jusqu’au Glacier Martial. Certes rien à voir avec le Périto d’El Calafate, mais la vue vaut le détour et la balade me confirme que mes jambes veulent bien un break plus sérieux à présent. Ça tombe bien, demain je retourne à Punta Arenas (12 heures de bus di mas !) pour prendre l’avion qui me ramènera à Karine. J’ai hate de retrouver sa tête de Mousse et ce ventre incroyablement rond à présent.

Le plus dur maintenant, c’est de ne pas se louper pour la correspondance de Santiago en direction de Buenos Aires. Je n'ai qu'une demi heure de battant ! Et puis surtout dans la précipitation et avec ses lunettes noires, je pourrais la confondre avec Bono... U2 arrive le même jour à l'aéroport!

A bientôt Tierra del Fuego, en espérant sincèrement ne pas devoir attendre la retraire pour aller plus en bas, un peu plus bas encore…

Hasta pronto a Buenos Aires pour un dernier tango !

Manuelito della Pampa

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